POURQUOI CE TITRE ?
Informatique : avant tout une question de langage. Puisque notre association revendique son appartenance catalane par son appellation aussi bien que par le choix du titre de son journal, pourquoi l’ouverture de cette rubrique consacrée au numérique ne serait elle pas prétexte à un improbable rapprochement entre communication numérique et parler local ?
POLIT, -IDA adj. : fin, raffiné, joli, apprêté, délicat
A POLIT est une expression typiquement roussillonnaise ; fer a polit, hi anar a polit…, agir avec finesse, faire attention : c’est la règle numéro 1 quand on navigue.
Comme tout dialecte, le roussillonnais est inexorablement menacé de disparition si disparaissent ses derniers pratiquants. Il s’agit surtout de ces Anciens souvent dépourvus de bagnole et d’ordinateur qui contribuent à la survie des commerces de village et nous font penser à ce microcosme dans lequel l’horizon des addictions n’allait pas au-delà des balades à cheval sur le vin et la fine locaux, ou le pastis maison, association de trois-six (dénomination de l’alcool : soit celui que « touchaient » les derniers détenteurs du privilège de bouilleur de cru, soit celui qu’on pouvait se procurer en vrac en Espagne) et de petites fioles d’anéthol de contrebande.
Dialecte et langue sont à peu près synonymes, mais par convention la langue désigne plutôt un dialecte qui a bien réussi sa vie en unissant de gré ou de force sa destinée à celle du souverain : « langue officielle », le catalan normé, écrit, est celui qu’on enseigne désormais dans les bressoles. La mort du roussillonnais prend sa modeste place dans l’ enchaînement de faits économiques et sociaux qui nous a menés à l’ intégration républicaine et enfin au pied du mur de l’intégration numérique. Le » soyons propres, parlons français », pour aussi violent qu’il soit, partait toutefois d’un bon sentiment : pour faire société, comme on dit (pour être poli, policé, polit, propre sur soi en quelque sorte) il faut se comprendre, pour se comprendre renoncer à un individualisme échevelé et donc adopter des règles et des signes communs. Pas de vie possible dans un monde orthographicidaire.
Dans un espace compris entre Corbières, Pyrénées et Méditerranée, ce dialecte est l’ expression d’un entre-soi toutefois pétri d’ influences occitanes, françaises et espagnoles. On se rend bien compte que les langues, officielles ou pas, évoluent très vite au contact les unes des autres et au gré des fantaisies du bouche à oreille : il n’est pas possible qu’au travers du filtre de personnalités dont chacune n’est présente au monde qu’en un seul spécimen, la parole reste coincée dans un carcan de règles ; elle se répand presque toujours en rumeurs dévoyées ou en malentendus qui font rire aux dépens de nos bourdes verbales mais sont pourtant au coeur de l’étonnante alchimie qui, l’air de rien et en l’espace de moins de deux millénaires, a produit une foule d’idiomes latins ultra dégénérés : manifestation de mystérieux consensus remettant sans cesse en question la prééminence de la langue réglementaire pour produire à son tour ses propres normes.
Mais aujourd’hui plus question de rigoler : pas de batifolage possible entre un parler arrimé à un terroir et un charabia hors sol. Hem de fer a polit.
Cette rubrique se propose de regrouper par commodité l’essentiel de ce que l’on sait ou l’on peut facilement apprendre en parcourant la toile, pour faire le ménage, pour être propre.
Pourquoi ne pas profiter de l’occasion : retour sur un numéro de Vie Nouvelle dans lequel il était simultanément question de LANGUES RÉGIONALES (ARTICLE D’YVON) et de NUMÉRIQUE (dossier Numérique : le pire comme le meilleur )
